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Évasion

Virginia ou le retour à la source

Publié le 6 mai 2021

Intrépide, telle l’eau qui jaillit et creuse la roche sur son passage, Virginia s’est frayée un chemin dans le tumultueux dédale de la vie. Après avoir sillonné les routes durant un quart de siècle, elle aspire aujourd’hui à plus de tranquillité mais se refuse cependant à ralentir son cours. Incapable de stagner, elle est remontée à la source pour créer un projet à son image : le Vaitumu¹ Village. A contre-courant, Femmes de Polynésie nage à sa rencontre.

EN EAUX VIVES

L’heure dorée frappe la belle île de Rurutu et sublime de ses rayons cette terre de contrastes, de son récif frangeant à ses sommets escarpés. Assise sous le fare pōte’e, entourée de ses convives, Virginia semble plus radieuse que jamais. Et pourtant, elle n’aurait jamais imaginé s’épanouir loin du tumulte de la ville.

Portraits de Virginia

Chinoise par son père, italienne du côté de sa mère, Virginia grandit à Tahiti. Incapable de tenir en place, elle trépigne d’impatience à l’idée d’entrer dans la vie active et délaisse rapidement les bancs de l’école pour se consacrer à de petits boulots en magasin. Cette fibre mercatique, elle la cultive depuis toujours.

« Quand j’étais petite, je faisais de la couture pour mes copines, je vendais mes jupes… A l’école, on avait même convoqué mes parents parce que je vendais des autocollants pendant les récréations, je faisais mon petit business ! »

Dynamique, avenante et déterminée, elle s’oriente naturellement vers une carrière de commerciale, un mode de vie qui sied parfaitement à son tempérament hyperactif. Un jour, elle rencontre Jean-Claude et le charme Rurutu opère. Tous deux nourrissent de grandes ambitions pour l’avenir mais lui rêve de pouvoir retourner un jour sur son île natale. Après avoir mûrement réfléchi, elle entreprend cette grande aventure avec lui, quitte son travail et part s’installer aux Australes. Elle est ingénieuse, lui habile de ses mains et tous deux partagent la même vision des choses. En 2008, ils établissent leur magasin de proximité dans le village de Moerai.

« C’était un nouveau défi, un grand changement pour une meilleure qualité de vie. »

Feu de Bois face à « l’autoroute des baleines »

ENTRE TERRE ET MER

Virginia s’est rapidement accommodée à ce nouveau quotidien, peut-être parce que l’île lui ressemble plus qu’elle ne le soupçonne. A l’image de Rurutu qui jaillit des eaux par deux fois, elle est calme en apparence mais bouillonne de l’intérieur.

Elle est conquise par l’authenticité du lieu, sa culture, ses coutumes et la bienveillance de ses habitants.

« Tout est plus sauvage, mystérieux, impressionnant. La vie est plus simple ici. »

Le couple se complaît à déguster de juteux litchis en bord de route, à crapahuter dans les grottes et à flâner auprès du feu.

« On passait nos dimanches à pique-niquer et à rêver sur la plage du Vaitumu. Quand on s’est mariés, Jean-Claude m’a demandé ce que je voulais comme cadeau de mariage, j’ai dit « ça ou rien » et pendant des années, je n’ai rien eu… Et un beau jour, notre projet s’est concrétisé. » 

Vaitumu Village vu du ciel

« A FORCE DE RÊVER… »

Ces songeries dominicales redonnent vie au Vaitumu Village. Après plusieurs mois de travaux, le couple parvient à créer un véritable havre de paix. Un bar, un ahima’a², des quads et bientôt un bateau, les rêves de Virginia n’ont plus rien d’abstrait.

La qualité de service d’un hôtel, la convivialité d’une pension de famille, ce projet hybride compense la fraîcheur australe par la chaleur humaine.

Virginia au cœur du potager

La journée débute à l’aube dans le fa’a’apu³, Virginia cajole ses poules pondeuses et planifie le menu. Ici, on s’adapte à la nature et on promeut la permaculture.

« On tient à proposer des recettes à base de produits locaux. On se sert de nos déchets comme engrais ou pour nourrir les cochons. »

Vaitumu n’est pas une simple pension, c’est un véritable microcosme qui démontre que, même loin de tout, on peut ne manquer de rien.

 

Le matin, elle déjeune avec ses clients, le soir, ils refont le monde ensemble sur la plage. C’est cet échange qui lui plaît, partager avec l’autre.

Entre la pension et le magasin, son quotidien est tout aussi rythmé qu’à Tahiti mais Rurutu lui permet de continuer à rêver.

« Aujourd’hui, je voyage au travers des récits de mes clients, je découvre des endroits inconnus. »

¹ « Eau qui a une bonne source » en reo Tahiti

² Four tahitien traditionnel

³ Champ, plantation          

 

Caroline BAUDIN

Rédactrice Web

©Photos : Eiterah, Vaitumu Village et Caroline BAUDIN pour Femmes de Polynésie

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