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Culture

Sketchy illustre notre quotidien

Publié le 8 avril 2022

Les écumes dansant sur le soleil couchant de l’ouest, Femmes de Polynésie se joint à Pauline, illustratrice du quotidien polynésien. Le chant des vagues, tonitruantes et incessantes, est une litanie analogue à l’ivresse des îles embaumant l’atmosphère des embruns salés. Alors que quelques minutes restantes demeurent avant le déclin de l’astre, nous sommes aspirés dans ses paroles irisées et nous nous laissons emporter par le courant de ses images.

LA GENÈSE DES ARTS

Nous débutons notre périple sous les arbres teintés d’un rosâtre poudreux annonçant la floraison des premiers cerisiers. Les premiers effluves des charmes ornementaux annoncent la venue d’un nouvel enfant. Un regard sur la main et le ticket froissé laisse entrevoir notre destination « Séoul, Corée du Sud. »

« Je suis née à Séoul et adoptée par des Auvergnats. L’Auvergne, c’est là d’où je viens. »

Pauline déploie ses pétales cupriques1 sous la fraîcheur des monts d’Auvergne, y développe sa sensibilité et son amour des formes.

« J’ai fait les Beaux-Arts de Clermont métropole et de Paris. En parallèle, j’étais à mon compte en tant que graphiste et illustratrice à Paris, mais aussi en Martinique à distance. »

Puis deux branches se dessinent, le pinceau posé sur le papier humide annonce l’envol de l’encre noire, arborant le tronc de ramifications artistiques.

« D’un côté, il y a l’art appliqué, mon travail dans le graphisme et l’illustration que je réalise pour des commandes. »

« Et puis de l’autre côté, l’art plastique en dessin à l’encre de Chine, mon art. »

Mais toujours réside une identité, une inspiration commune aux réalisations, la beauté de la nature, muse de l’artiste d’autrefois et moderne.

Et tandis que l’éternel curieux protégeant sa sensibilité d’enfant observe l’environnement dans lequel il se meut, se révèlent à lui des évidences congruentes2.

« Parfois tu vois des choses que les autres n’ont pas vues alors qu’ils sont juste à côté. Et c’est ce qui va nous donner envie de créer, reproduire ou s’inspirer. »

DES ILLUSTRATIONS LOIN DES CARTES POSTALES

Suite aux voyages dans un camion aménagé aux côtés de son compagnon, les roulettes plastiques des valises éventrées par le frottement répété des dérapages forcés sur les carreaux glaciaux des aéroports, cessent désormais sur le tarmac de Faa’a.

« Après avoir exploré une partie des Outre-mer, on voulait découvrir la Polynésie, la puissance de cette culture. »

De là naît Sketchy Tahiti.

« « Sketch » veut dire dessin, mais « sketchy » désigne aussi vague, flou, un peu aléatoire. Ce qui définit assez bien le travail que je voulais. »

Un œil nouveau qui prend le temps de voir les détails, les subtilités quotidiennes qui dépassent désormais notre conscience, car perdu dans le quotidien des volutes grisâtres des trucks résistants à la modernité des bus climatisés.

« Dans un tel endroit, j’ai envie de montrer les choses, montrer ce que je vois. »

Alors, dans des tracés distincts demeurant toutefois simples bien qu’efficaces, les couleurs chaleureuses de l’atmosphère du couchant nous laissent entrevoir une réalité inconsidérée.

« On a une image de « Tahiti carte postale » mais le quotidien est autre et c’est cette factualité qui est intéressante. J’essaye donc de faire des illustrations adaptées et respectueuses. »

À LA CONSCIENCE DU QUOTIDIEN

Et au-delà de l’aspect « re-nouveau », de par son nom, Sketchy y insère malicieusement des scènes dignes de planchers massifs terrassés par le trépignement d’acteurs de théâtre.

« J’ai juste envie de faire rire les gens en rendant compte de leur quotidien. »

Créatrice dans le mouvement, Pauline s’adapte et s’épanouit dans ce nouveau caractère.

« Pour mes illustrations, il fallait que je me donne des règles pour trouver un style efficace et original, m’éloigner des autres pour faire quelque chose de décalé. »

Une sensibilité qui sans cesse nous enlace de ses mots judicieusement apposés sur les lignes fictives de ses pensées.

« C’est fou de se dire qu’en une journée tu as fait le tour de l’île. Mais tu as beau avoir fait le tour, il y a toujours des lieux que tu n’as pas encore découverts. »

« Je sais d’où je viens et j’aime à chaque fois où je suis. »

Les dernières péripéties se dessinent sous les îles Marquises, entre moustiques et nonos, l’illustratrice intègre un quotidien plus lointain et pourtant non si distant que l’on se targue de dire.

« Quelquefois, il y a des choses trop sacrées comme le Patutiki3 et c’est compliqué de le tourner en humour sans blesser les gens. »

Consciente de l’humanité, de l’histoire et des cultures, Sketchy se déplace en caméléon, apprenant aussi vite qu’un enfant et apportant au pied des tumu ‘uru4, un panier verdoyant à l’univers de l’illustration.

1 Relatif au cuivre ; qui est de la nature du cuivre.

2 Qui convient, qui s’applique bien.

3 Signifie « tatouage » en marquisien

4 L’arbre à pain

Manutea Rambaud

Rédactrice

©Photos : Manutea Rambaud et Pauline Martin pour Femmes de Polynésie

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