
Nathalie Teariki : une vie tressée de transmission
Pour Femmes de Polynésie, Nathalie Teariki ouvre les portes d’une existence façonnée par le pandanus, le partage et une force tranquille. À 77 ans, l’artisane originaire de Rimatara continue de tresser chaque jour, portée par l’héritage des grands-mères qui l’ont formée et par son envie intacte de transmettre.
Les racines d’une vocation
Nathalie grandit à Rimatara, élevée par son père après la disparition de sa maman alors qu’elle n’a que 5 ans. Très tôt, elle devient la relève des anciennes.
« Quand j’allais à l’école, j’avais mon rouleau de pandanus pour travailler pendant les récréations. Je crois que j’étais la seule à faire ça. »

À 14 ans, lorsque sa scolarité sur l’île s’achève faute d’enseignement dispensé au-delà de cet âge, la jeune fille quitte l’école et poursuit son apprentissage du tressage auprès des grands-mères.
« Je tressais des tapis et des chapeaux, puis je les emmenais au magasin pour les échanger contre du mā’a. Je travaillais pour aider mon père à nourrir sa famille. »
Un engagement associatif dans l’artisanat
En 1967, Nathalie quitte son île des Australes pour venir s’installer à Tahiti avec son mari et ses filles.
« L’une de mes filles était malade, alors on est venu ici. J’ai continué à tresser des paniers à l’ancien marché, puis à les vendre dans les magasins. »
Son activité s’élargit : en plus de la vannerie, elle confectionne des bijoux en coquillages des Tuamotu, elle coud et prépare du mono‘i. Mais surtout, elle s’engage.

« En 1985, j’ai été élue présidente de l’association Pare Pirae. On avait un centre artisanal mais il a été détruit lorsqu’on a aménagé le parc Aorai Tini Hau. Alors, on a commencé à exposer un peu partout. »
Elle travaille également à plein temps en tant que salariée, tout en tressant chaque jour, en tenant sa maison et en présidant son association.
« Les samedis et dimanches, j’exposais, puis le lundi, j’allais travailler. »
Douze années à la tête du Comité Tahiti i te Rima Rau
Nathalie a aussi dirigé pendant douze ans le Comité Tahiti i te Rima Rau, organisateur des salons Heiva Rima’ī en juillet et Te Noera a te Rima’ī, dont la 18e édition, qui se tient actuellement à Māma’o, fermera ses portes le 24 décembre.
« Ce comité regroupe des artisans de toute la Polynésie, des Australes, des Tuamotu, des Marquises, des îles Sous-le-Vent… Lorsqu’on expose à Mama’o, on a une centaine de stands. »
Elle a néanmoins quitté la présidence du comité en mars dernier :
« C’était trop lourd. Je voulais toujours que l’ouverture du salon soit grandiose. Mes filles m’ont dit : “Maman, arrête, tu travailles trop.” »

Elle reste toutefois présidente de l’association de Pirae.
« On n’est plus que huit, mais on continue. Ma fille travaille avec moi. C’est ma relève. »
Créer, voyager, transmettre
Le tressage lui a ouvert le monde.
« J’ai quatre passeports déjà remplis, j’en suis au cinquième ! Je suis allée en France, en Louisiane, en Californie… Mon tressage m’a fait voyager. »
Nathalie aime aussi partager son savoir-faire.
« J’ai donné des cours dans des collèges, à la maison, partout… J’apprends aussi aux mamans enceintes à l’hôpital de Taaone à faire un couffin pour leur bébé. »
Dans son atelier installé à son domicile, quartier Nahoata à Pirae, elle travaille chaque jour avec rigueur.

« Je ne peux pas passer un jour sans tresser. Chaque matin, je me lève, je prends mon café avec ma fille Mira, je fais mon ménage et je m’occupe de mes animaux. Puis, quand je m’assois, c’est pour travailler le pandanus, jusqu’au midi. Ensuite, on mange, puis je reprends le tressage jusqu’au soir. »
Elle prépare aussi son mono‘i, au tiare tahiti.
« Le tiare, on peut tout faire avec : masser les bébés ou le corps, en mettre dans les cheveux, l’utiliser en médecine… »
Une femme polynésienne, véritable pilier
Nathalie Teariki résume son parcours d’une phrase simple :
« La femme polynésienne, c’est le pilier du foyer. Moi, je donne tout et je fais tout, même le
travail des hommes. »
Elle continue aujourd’hui d’exposer, de présider des concours lors des salons et nourrit encore des projets.

« J’aimerais partir en Nouvelle-Calédonie avec les māmā de l’association de Pirae. On devait y aller l’an dernier mais ça a été annulé à cause des émeutes à Nouméa. Peut-être cette année… »
Autour d’elle, ses enfants, ses animaux et son pandanus rythment ses journées. Une vie tissée de patience et de générosité, que Nathalie poursuit avec une constance remarquable. Et tant qu’elle pourra tresser, elle avancera, un geste après l’autre, ouverte à tout ce que l’avenir peut encore offrir.
Rédactrice
©Photos : Lucie Ceccarelli pour Femmes de Polynésie
Directeur des Publications : Yvon Bardes



