
Haamouraa Lesca, perdurer le patrimoine polynésien avec modernité 1/2
En cette mi-saison, alors que nous célébrerons bientôt le Matari’i i ni’a, Femmes de Polynésie affronte la chaleur de la ville pour se rendre dans l’atelier de l’artiste et artisane Haamouraa Hedwich Lesca. Vahine aux mille talents, elle nous ouvre les portes de son lieu de travail, ainsi que celles de son univers riche et prolifique.
DESTINÉE CRÉATIVE
Depuis sa plus tendre enfance, la créativité pluridisciplinaire de Haamouraa Lesca lui confère un véritable refuge. En 2020, alors qu’elle étude à l’École de commerce de Papeete, elle découvre le Centre des Métiers d’Art.
« Je ne savais même pas que ça existait. Je me suis dit : ça veut dire qu’il y a une école où je peux faire tout ce que je veux? Je peux créer, je peux vraiment faire parler ma créativité? Même en cours de commerce, j’étais avec mes cahiers de croquis et j’étais en train de dessiner. »

La jeune femme réussit le concours d’entrée. Ainsi commence son parcours en gravure et le développement de ses sens artistiques. Son style bien à elle se caractérise par son processus de création.
« Comment puis-je me réapproprier les objets du patrimoine pour en faire des objets avec ma touche de modernité, toujours en gardant l’authenticité des œuvres ? Parce que c’est bien de revisiter, mais il faut garder l’essence même de l’objet et montrer que dans cette authenticité-là, on peut trouver une source de modernité et se l’approprier au niveau contemporain. »
En 2023, elle lance sa propre marque : H Artisanat & Art.
ENFANT DES ÎLES
Haamouraa Lesca grandit à Papara. Cependant, c’est de l’île de Fakarava qu’une partie de sa famille est originaire, et c’est dans ce petit coin de paradis, au cœur de l’archipel des Tuamotu, qu’elle passe la plupart de ses vacances.
« Ça me plaisait vraiment parce que ça me permettait de me ressourcer, de revenir un peu sur moi-même. Même petite, j’avais déjà ce besoin de me recentrer. »

C’est là-bas que naît son intérêt pour le poisson en tant que matériau.
« On a une diversité incroyable de beaux poissons dans nos lagons. Je trouvais dommage de ne pas pouvoir exploiter cette matière. À Fakarava, le poisson, on en mange. J’ai toujours vu mes grands-parents jeter les peaux ou les manger. Donc, ce n’était pas une matière qui semblait exploitable. »
CUIR LOCAL
Au fil de ses recherches, Haamouraa se découvre une réelle passion pour l’utilisation de la peau des poissons.
« Le cuir de poisson, c’est une matière qui m’a toujours interpellée. J’ai vu, au niveau du monde entier, qu’il y a beaucoup de maroquinerie faite avec cette matière. »

Autodidacte et curieuse, elle se renseigne sur les différentes méthodes de tannage.
« Ça fait bientôt six mois que je fais des tests et là, j’arrive à un produit vraiment abouti. C’est un processus très lent, c’est plusieurs mois de tannage. »
L’artisane développe sa propre technique, et le résultat est bluffant.
« Je trouve ça super graphique, parce qu’il y a l’empreinte des écailles. Ça ajoute une touche sur une création, de la lumière, et ça interpelle les gens. »
UNE GÉNÉRATION PORTEUSE DE CULTURE
Investie dans sa culture, Haamouraa Lesca tient à mettre en avant l’abondance de ressources présentes en Polynésie.
« Il ne faut pas hésiter à créer, à faire parler de notre culture, que ce soit au niveau local ou international, parce qu’on a une richesse de patrimoines et de culture parfois insoupçonnée. On ne sait pas forcément tout ce qui peut se faire. »

Elle insiste sur l’importance de préserver ces patrimoines.
« Les anciens ont voulu faire perdurer la langue, nos savoir-faire. Je pense que c’est à nous, la nouvelle génération, de faire suivre et perdurer la culture pour qu’elle vive dans le temps. »
Surtout, Haamouraa souligne le rôle de la jeunesse dans cet élan de revalorisation de nos traditions et savoir-faire, pour que jamais nous n’oublions d’où nous venons.
« Je pense que pour les jeunes artisans qui se lancent ou qui veulent se lancer, il ne faut pas hésiter ; parce qu’on est porteurs de notre culture. Si personne ne parle, si personne ne porte notre culture, elle va finir par s’éteindre, alors qu’elle est magnifique. »

Rédactrice
©Photos : Cartouche Louise-Michèle pour Femmes de Polynésie
Directeur des Publications : Yvon BARDES



