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Carrière

Tokahi Arles : « on prend soin des gens, mais dans l’ombre »

Publié le 24 mai 2020

Certaines fois on se dit qu’il a fallu attendre la crise covid 19 pour mettre à l’honneur des hommes et des femmes dont le métier passait quasi inaperçu jusque-là : mea culpa1… Aujourd’hui, en la personne de Tokahi Arles, Femmes de Polynésie propose de redonner ses lettres de noblesse au métier de technicien/ne de laboratoire, ô combien indispensable durant la crise sanitaire actuelle. À leur façon, ces héros de l’ombre, combattent la pandémie et contribuent au bien-être de la population. Zoom sur ces précieux alliés, essentiels en « temps de guerre ».

UN MÉTIER SELON SES GOÛTS

« J’ai vécu une enfance proche de la nature, comme on peut rêver pour nos enfants aujourd’hui : très autonome, très manuelle, dans l’insouciance. »

Enfance de Tokahi sur une plage de Huahine

Mais qu’est-ce donc qui a fait que cette fille née à Tahiti, d’une mère professeure d’anglais et d’un père restaurateur, qui a grandi à Huahine, s’oriente vers un métier de laboratoire ? Sans doute son goût prononcé pour la biologie et les travaux pratiques.

« Dans la filière scientifique au Lycée Paul Gauguin, une de mes profs m’a parlé de ce métier que je ne connaissais pas. »

Le microscope, un des outils des techniciens de laboratoire

 « Un DUT, soit deux années après le bac, avec 75% de pratique et 25% de théorie, qui permet de rentrer dans le monde du travail, me convenait bien. Je suis partie à Brest pour ça. »

Fraîchement diplômée, Tokahi décide d’aller travailler à Paris où elle est sûre de trouver un emploi.

« J’ai eu un contrat dans un labo en région parisienne et passé en plus un diplôme pour faire des prises de sang. »

Tokahi restera un peu moins d’un an à ce poste, mais le mal du pays se fait sentir.

L'Institut Louis Malardé

« J’ai postulé à l’Institut Louis Malardé (ILM) pour un CDD d’un an. Ensuite, ils m’ont gardée. Ça va faire 15 ans maintenant. »

Aujourd’hui mariée et maman de trois enfants, elle mise sur la qualité de l’organisation et de la communication au sein de son couple. Tout un travail d’équipe !

Tokahi en famille

UN MÉTIER POLYVALENT ET DIVERSIFIÉ

L’image du métier qui vient souvent à la tête des gens est celle de la série des « experts ».

« La réalité n’est pas aussi romancée que ça, mais ça reste très intéressant, très manuel. Il faut savoir manipuler les échantillons biologiques, l’outil informatique, et comme il y a beaucoup d’automates, s’intéresser un peu à la mécanique aussi. »

À l’ILM, sont traités par les techniciens de laboratoire tous les échantillons biologiques qui permettent un suivi de santé : prise de sang, urines, selles, crachats… Que ce soit pour vérifier le taux de cholestérol, le diabète, la thyroïde…

« Pour chaque type de prélèvement, il y a des choses particulières à doser et détecter. »

Les divers secteurs : chimie, hématologie, biologie moléculaire, bactériologie, immunochimie, permettent aux techniciens de laboratoire de se spécialiser.

« Moi, je suis à la paillasse d’hématologie. C’est celle que je préfère, je suis devenue référente. Elle sert aux suivis d’anémie, de chimio par exemple. »

Bien que chacun ait une préférence, les techniciens se doivent d’être polyvalents et assurer le service à tous les postes durant les gardes du weekend et des jours fériés. Certains prélèvements arrivant des îles les jeudis soir ne peuvent attendre.

UNE ÉQUIPE SUR LE FRONT ET SOUDÉE EN TEMPS DE CRISE SANITAIRE

Le laboratoire d’analyses médicales de l’ILM, qui est composée de biologistes, de techniciens de laboratoires, de secrétaires, d’infirmières, d’agents de saisie et de coursiers, a vu son équipe se serrer les coudes durant la période de confinement.

« On a connu la crise de la grippe H1N1, le Zika, le Chikungunya. Nous avons été sur le qui-vive, prêts à réagir en conséquence, et donc préparés. On a une bonne capacité d’adaptation et nous sommes solidaires les uns des autres. »

Tokahi et une partie de l'équipe

Les horaires sont adaptés à la crise, un maximum de personnes est placé en télétravail. Des roulements sont mis en place pour qu’une partie du personnel soit préservée en cas de contamination.

« Le Fare Covid avec ses infirmiers, était chargé de faire les prélèvements nasopharyngés au drive. Nous recevons les échantillons et réalisons les tests virologiques par PCR2. Cela prend environ 5 heures selon le nombre de prélèvements. Puis les biologistes interprètent les résultats. »

Pour Tokahi, cette crise sanitaire doit appeler à la tolérance et à la solidarité, et non pas à la critique et à la haine.

« Il y a un déchaînement de haine sur les réseaux sociaux : notre ministre de la santé a reçu des menaces de mort, la gestion de la crise est sans cesse critiquée… Chacun fait de son mieux et il faut respecter cela. Restons solidaires, travaillons en équipe. »

1 Aveu de la faute commise (Source : Larousse)

2 L’amplification en chaîne par polymérase ou réaction de polymérisation en chaîne ou encore test d’amplification des acides nucléiques est une méthode de biologie moléculaire d’amplification génique in vitro (Source : Wikipédia)

Tehina de La Motte

 Rédactrice Web

 ©Photos : Tokahi Arles –  Page Facebook Institut Louis Malardé 

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