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Mélina Grouazel: biologiste marine et plongeuse professionnelle

Publié le 3 novembre 2023

Passionnée par la mer, Mélina Grouazel, en a fait sa vocation. À l’aube de son départ vers la métropole pour l’obtention de son doctorat, la jeune biologiste marine partage à Femmes de Polynésie ce pourquoi elle œuvre au quotidien, grâce à sa profession et ce qui la pousse à s’engager dans le milieu associatif local.

Les études en cours

Mélina passe une grande partie de son enfance à Papara et à Pueu.

« Chez ma mère, j’ai grandi devant la mer où je côtoyais des pêcheurs comme mon oncle… Ça explique peut-être, mon engouement pour le milieu marin. Cela dit, je me suis réellement lancée dans cette voie, à l’issue de ma licence en biologie. »

Bien avant la licence, au lycée Sacré-cœur de Taravao, elle opte pour la filière scientifique.

« Je voyais la filière scientifique comme quelque chose de compliqué. Mais au final, je ne regrette rien. »

Le Bac en poche, elle part à Toulouse pour une licence en biologie générale puis quelque temps plus tard à La Rochelle pour se spécialiser en biologie marine. Là-bas, elle entame un master de biologie marine, entre recherche et gestion.

« J’aime ces deux côtés. Quand tu ne fais que de la recherche, tu as tendance à moins communiquer avec  la population. Je trouve cela dommage, car parfois, cela veut dire que la gestion des ressources ne sera pas adaptée et que la population ne se sent pas impliquée. »

De retour au fenua depuis janvier 2022, Mélina demeure motivée, car elle souhaite aborder son doctorat tout en restant en concordance avec les besoins de son île.

« J’ai toujours voulu faire une thèse après mon master, mais je ne voulais pas faire cela sans but. J’ai trouvé un sujet qui peut aider mon pays. »

En vue du développement de l’aquaculture sur le territoire, elle repart très bientôt en France pour son doctorat.

« J’écrirais une thèse sur l’impact de l’aquaculture en milieu lagonaire. Grâce à mes recherches, j’ai pour objectif de développer des indicateurs de suivi sur l’état de santé du milieu marin. Cela pourra aider mon pays à mieux gérer ce type d’aquaculture et de limiter son impact sur l’environnement. »

L’aquaculture, oui, mais…

Faute de foncier en Polynésie française, la meilleure solution pour le développement de l’aquaculture reste son implémentation en cage lagonaire.

« Il y a deux fermes lagonaires à Tahiti, une de crevette et une de paraha peue1. Il y en aura certainement plus d’ici les années à venir. Il faudra des personnes qualifiées et une gestion adaptée pour surveiller cela. »

Car un trop-plein d’activité peut appauvrir les sols marins locaux et par conséquent, nuire au développement d’organismes.

« Par exemple : les rejets qui résultent de l’aquaculture (granulé non consommé et matière fécale) se retrouvent au fond et peuvent appauvrir le sol en oxygène et même nuire au bon développement des coraux. »

Cela dit, l’aquaculture en lagon est propice à un meilleur rendement et une meilleure qualité de poissons ou de crevettes.

« Contrairement à d’autres pays, à Tahiti, l’aquaculture est saine. Il n’y a pas d’antibiotiques, les crevettes se nourrissent de ce qu’elles trouvent dans leur environnement en plus du granulé qui est l’aliment classique en élevage.»

« Il faudra qu’on puisse limiter l’impact que ce type d’aquaculture aura sur notre environnement mais il faut aussi comprendre qu’en soi, l’aquaculture peut aider à diminuer la surpêche. »

Plongeuse professionnelle, un avenir féminin

« Je suis biologiste marine et plongeuse professionnelle. Pour tout ce qui est scientifique, je propose mes services aux centres de recherches, bureaux d’études… Mais je fais aussi quelques travaux sous-marins comme déplacer des corps-morts, mettre en place des mouillages écologiques… »

D’après la jeune biologiste, la plongée professionnelle est un métier compliqué d’accès pour les femmes. À Tahiti, elles ne sont pas beaucoup à se professionnaliser dans le milieu des travaux sous-marins et sont une minorité de femmes à détenir le Diplôme de Plongée Professionnel (DPP).

« Par contre l’année dernière, nous étions 4 femmes à passer le diplôme sur 6. On était soudées. Le formateur nous disait que c’était la première fois qu’il voyait plus de femmes que d’hommes. »

Mélina avoue qu’elles souhaitent à son retour, monter ensemble une société essentiellement constituée de plongeuses professionnelles et de biologistes marins.

Concrètement, en vue des aménagements prévus pour le déroulement des épreuves de surf pour Jeux olympiques en 2024, Mélina a coordonné les travaux de déplacement de plus de 6 000 coraux à la pointe Riri à Punuui.

« Quand je suis arrivé sur le chantier, tout le monde était étonné de voir une jeune femme et en plus biologiste marin. ‘Iaorana, je suis la biologiste marine'(rires). »

« Je suis contente qu’on ait pu sauver les coraux à Punuui. Le suivi qu’on a réalisé quelques mois plus tard après les travaux indique que les coraux sont en bonne santé. Certaines colonies de Porites rus2 ont même pondu ! C’est la première fois que l’on observe une ponte sur des colonies coralliennes qui ont été déplacées. »

La science participative pour les coraux

En parallèle d’un travail sur un projet d’arrachage d’une algue envahissante (Turbinaria ornata3) et de restauration corallienne à Punaauia, Mélina est bénévole dans l’association Tama No Te Tairoto, spécialisée sur la ponte synchronisée du corail Porites Rus.

« Avec Tama No Te Tairoto, nous essayons d’ouvrir la conversation sur le phénomène de ponte des coraux. Est-ce que les pêcheurs ont déjà observé ça ? Quel est le terme en tahitien pour la ponte des coraux ? Nous voulons élargir l’observation de ce phénomène en faisant participer le plus de monde dans le plus d’endroits possibles en Polynésie et ailleurs. C’est de la science participative. »

La ponte synchronisée des coraux est un phénomène relativement facile à observer en Polynésie. On peut trouver les Porites Rus dans le lagon en zone peu profonde et leur ponte se produit le matin entre 6h30 et 7h30. Cette année, d’autres observations sont possibles le 1 et 31 décembre. Mélina rappelle :

« Plus on aura d’observateurs au sein de notre réseau, mieux on comprendra ce phénomène. »

Adepte de la science citoyenne ou pas, la ponte des coraux est un événement à ne pas manquer. L’occasion de sortir vos masques et vos tubas pour une bonne cause.

1 Platax orbicularis ou platax orbiculaire, est une espèce de poissons marins de la famille des Ephippidae.

2 Porites rus, est une espèce de coraux durs formant la famille des Poritidae parmi les scléractiniaires.

3 Turbinaria ornata, est une espèce d’algues brunes de la famille des Sargassaceae.

Niuhiti Gerbier

Rédacteur

©Photos : Mélina Grouazel et Niuhiti Gerbier pour Femmes de Polynésie

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