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Évasion

INA HINA – Chapitre 9 (2ème PARTIE)

Publié le 14 août 2020

Dans la rubrique “Plume du fenua”, Femmes de Polynésie vous invite aujourd’hui à découvrir un nouveau chapitre des aventures de Ina Hina, cette jeune Polynésienne à la découverte de son identité.

Retrouvailles

Nous arrivâmes enfin dans le quartier de Teiki. Des jeunes assis sur les trottoirs nous saluaient d’un signe de main ou d’un mouvement de tête. Je crus en reconnaître certains que j’avais connus enfants par le passé. Certains étaient là, assis à traîner avec les copains tandis que d’autres écoutaient une musique en effectuant des mouvements de danse étranges.

Je tournai la tête et m’adressai à mes cousins.

– « C’est quoi ce qu’on entend ? » 

– « Ça ma couz, c’est le ” ori deck ” ! » – me répondit Andy en effectuant un mouvement d’épaules. « C’est la danse des d’jeunes, des vrais quoi ! C’est une danse cent pour cent locale, made in Tahiti ! »

Je considérai un instant la situation qui se déroulait sous mes yeux.

– « Sérieux ? C’est ça que les jeunes dansent maintenant ici ? »

Angelo acquiesça avant de me répondre :

– « Danse cent pour cent locale mais qu’ils ont appelé « ori deck »… on est quand même loin du tamure et du son des toere1. »

Andy leva les bras en l’air :

– « Les gars ma, c’est ça la modernité ! Faut arrêter de vivre dans le passé ! C’est bien hoa ia la culture et tout mais regardez un peu autour de vous. Nos jeunes d’ici, y en a plus beaucoup qui connaissent leur culture. Alors quand des jeunes inventent quelque chose qui rassemble une génération, moi je suis d’accord ! »

Son frère murmura entre les dents :

« Oui… mais moi je préfère les mouvements d’un tamau 2 ou d’un pa’oti 3 ou la beauté du son des toere… Aucun instrument ne pourra rajouter des battements en plus à mon cœur comme le fait le pahu 4… alors que ce “ori deck” là, je sais pas c’est quoi. »

La voiture s’arrêta enfin et je vis au loin mamie Tiare, la grand-mère de Teiki. Figure polynésienne immuable. Je sautai littéralement de la voiture pour aller la saluer. 

Mamie Tiare n’avait pas changé. Ses longs cheveux argentés étaient noués en une tresse qu’elle relevait en chignon. Elle y piquait des fleurs de tiare ou d’hibiscus selon les fleurs fraîchement écloses du matin qu’elle avait à sa disposition dans son jardin. Elle avait une peau basanée aux reflets cuivrés, résultat des longues heures qu’elle passait à entretenir ses plantes quotidiennement à toutes heures de la journée. Elle se tenait le dos un peu courbé, une main sur la hanche et l’autre tenant un sécateur, devant un grand pied de Tiare Tahiti.

Je brisai sa contemplation en lui lançant un « Ia ora na ». 

Elle se retourna. Elle plissa un peu les yeux avant de s’écrier : 

– « Hina ! Tu es là alors ? »

Je commençai à la prendre dans mes bras quand je crus reconnaître au loin la silhouette de Teiki.

Mamie Tiare avait dû sentir que je m’étais subitement raidie. Elle m’attrapa par le coude et commença à m’éloigner de la maison. Elle remarqua mon air interrogateur et commença à me parler de ses plantes. Elle nous approcha d’un pied de tiare Tahiti et y cueillit un bourgeon encore vert.

– « Tu sais comment on appelle la fleur que je viens de te donner Hina ?»

– « Une tiare Tahiti ?» – lui répondis-je amusée.

Elle fit non de la tête avant de reprendre.

– « Chaque fois la fleur change, chaque fois c’est un nouveau nom. Ça que je viens de te donner, c’est Umoa Tea. C’est le 4ème bouton et les vieux avant, ils disent que c’est la fleur pour la déesse Hina, la déesse de la lune.»

Elle me tendit la fleur blanche aux pétales encore fermés. J’acceptai son cadeau et plaçais Umoa Tea à mon oreille droite. Ses yeux s’illuminèrent subitement.

– « Tu es toujours célibataire Hina ? »

Je hochai la tête timidement.

– « C’est à cause de l’endroit où j’ai mis la fleur que tu as deviné Mamie ?»

– « Oui bébé, à gauche pour les cœurs pris et à droite pour les célibataires ! »

Elle sembla avoir subitement un air triste et ancra son regard dans le mien.

– « Tu sais Hina, faut pas espérer retourner avec Teiki. »

Je ris doucement.

– « Non mamie, c’est Teiki qui ne doit pas espérer revenir avec moi. »

« Ei ia.. c’est pas ça je veux dire, tu sais, Teiki maintenant c’est… »

« Hina ?» 

La voix de Teiki venait d’interrompre la confession qu’allait me faire sa grand-mère.

1 Toere : percussion polynésienne.

2 Tamau : balancement saccadé des hanches de la gauche vers la droite.

3 Pa’oti : mouvement des genoux en ciseaux.

4 Pahu : grand tambour posé au sol et que l’on frappe au côté à l’aide d’un bâton.

PLUS D'INFORMATIONS

   Maima Chahaut

   Rédactrice web

   ©Photos : Freepik, Femmes de Polynésie

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