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Évasion

INA-HINA – CHAPITRE 8 – (2ème partie)

Publié le 26 avril 2020

Dans la rubrique “Plume du fenua”, Femmes de Polynésie vous invite aujourd’hui à découvrir un nouveau chapitre des aventures de Ina Hina, cette jeune Polynésienne à la découverte de son identité.

 


Chapitre 1 – Chapitre 2Chapitre 3Chapitre 4Chapitre 5Chapitre 6Chapitre 7 – Chapitre 8. 1

 


 

 

 

Mémé fit demi tour et se mit en direction de sa cuisine.

 

Tiapo s’approcha de moi, sa pizza déjà prête et garnie au possible.

 

« – Elle va où Maguy ?

 

– Dans la cuisine, répondis-je l’air amusé.

 

– Quoi elle faire dans la cuisine ? Y en en a tout le ma’a déjà sur la table !

 

– Elle a décidé de faire un pesto presto ! , dis-je en riant à moitié.

 

– Eha tera mia[1] «  pesto presto » ?, me demanda-t-elle.

 

– C’est une sauce verte à base de miri[2]. Je suis sûre que tu vas vraiment aimer ça quand ce sera prêt !

 

– Moi pas inquiéter. Moi j’aime bien le ma’a popa’a à Maguy. Contente roa[3] moi quand je sais c’est soirée pizza ! , répondit-elle. Un sourire rieur et enfantin ne la quittait plus.

 

 

Je sursautai en sentant un bras passer autour de mes épaules. Je tournai la tête et plissais les yeux avant de reconnaître mon amie d’enfance Tevahine.

 

Jolie Tevahine à la longue chevelure. C’était la fille des voisins de mes grands-parents popa’a. C’était une demi chinoise, demi tahitienne. Elle avait su garder durant les dix années écoulées la douceur de ses traits et cette chevelure épaisse incroyable aux odeurs délicates de monoï.

 

Je posai rapidement mon plat à pizza avant de la prendre franchement dans mes bras.

 

« -Aue jolie Tevahine eeee !, ne puis-je m’empêcher de dire.

 

– Ia ora na gentille Hina !, ria-t-elle. 

 

– C’est qui cette dame Maman ? Avait demandé une petite voix.

 

Je baissai les yeux et vis une adorable petite fille, copie carbone de mon amie Tevahine.

 

La jolie vahiné se baissa et posa un baiser sur la tête délicate de l’enfant. Elle lui répondit :

 

– C’est mon amie Hina. Une copine à maman quand j’étais petite ! Hina, je te présente ma fille Hine… je ne te cache pas que c’est ton prénom qui m’a inspiré le sien.

 

– Elle est jolie ta copine, maman ! Répondit Hine.

 

Je souris à l’enfant et lui posai à mon tour un baiser sur la tête.

 

– Contente de faire ta connaissance jolie Hine. »

 

 

La voix de Fanny se fit entendre au loin. Je plissais le nez espérant qu’elle ne vienne pas trop vite dans ma direction.

 

– Hina ! Cria Fanny à pleins poumons.

 

Zut. Elle m’avait repérée.

– Oh lala Hina, si tu savais à quel point j’adore les soirées pizzas de tes grands-parents ! Bonsoir Tevahine ! Tu vas bien ?

 

Fanny s’approcha à grands pas de nous, sa pizza fumante était prête. Elle se baissa pour déposer un baiser au sommet de la tête de Hine avant de faire la bise à sa mère.

 

– Ça va Fanny, ça va…

 

Fanny continua :

– Et ton papa ? On m’a dit il est toujours à l’hôpital ?

 

Tevahine prit une mine renfrognée.

– Oui, toujours hospitalisé…

 

Elle passa délicatement sa main sur la tête de sa fille avant de continuer :

– Toujours hospitalisé, cirrhose du foie Hina, avait-elle précisé en voyant mon air interrogateur. C’est pour ça aussi j’ai pas trop pensé à donner de mes nouvelles depuis le temps. Il fallait hapo[1] ce vieux là et aussi m’occuper de Hine.

 

Fanny s’empressa de la couper.

– Mia Tevahine, attention comment tu parles de ton papa !

 

Mon amie d’enfance lui lança un regard noir et lui répondit sèchement :

– Il faudra vraiment un jour que tu apprennes à te mêler de tes affaires Fanny !

 

Fanny commença à riposter mais la sonnerie d’un Vini vint interrompre, à temps, l’échange entre ces deux femmes.

 

Tevahine se figea et nous pûmes voir ses traits se durcir au moment où elle répondit à l’appel.

 

Je l’observais du coin de l’œil et elle nous fit signe qu’elle devait aller répondre plus loin. Du coût des lèvres elle me murmura « C’est l’hôpital, tu peux garder Hine une minute ? » Je lui répondis oui d’un signe de tête et poussais gentiment Hine d’une main en direction de la grande table devant nous.

 

Hine avança à contre-cœur et prit le plat contenant sa pâte à pizza.

 

– Que veux-tu que l’on mette sur ta pizza ma princesse ? Avais-je demandé à la petite fille au regard inquiet.

 

Elle me regarda un instant avant de suivre du regard sa mère.

– Tatie… tu crois maman va bientôt avoir fini au téléphone ?

 

Une des beautés de la Polynésie, vous pouviez n’avoir aucun lien du sang et les enfants finissaient par faire de vous leurs « taties » de cœur. Il n’avait fallu qu’une parole de sa mère pour que Hine me considère comme un membre à part entière de sa vie dorénavant.

 

Je me retournais en direction de mon amie et la vis lever un bras vers le ciel en signe de rage.

– Je ne sais pas ma puce…

 

 

[1] Qu’est-ce que c’est ?

[2] Basilic commun.

[3] Je suis vraiment contente.

[4] S’occuper.

 


Chapitre 1 – Chapitre 2Chapitre 3Chapitre 4Chapitre 5Chapitre 6Chapitre 7 – Chapitre 8. 1 

 


 

 

 

Maima Chahaut

Rédactrice web

©Photos : Femmes de Polynésie

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