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Évasion

INA HINA: Chapitre 14 (2éme partie)

Publié le 22 janvier 2021

Dans la rubrique “Plume du fenua”, Femmes de Polynésie vous invite aujourd’hui à découvrir un nouveau chapitre des aventures de Ina Hina, cette jeune Polynésienne à la découverte de son identité.

– Jolie Tevahine ! m’exclamais-je en la voyant.

Elle avait lâché sa lourde chevelure bouclée. Un énorme hibiscus rouge ornait son oreille droite. Elle portait une robe locale rouge et blanche aux motifs de tiare Apetahi. Elle avait à l’épaule un grand panier pae’ore[1] d’où l’on pouvait voir dépasser, les bouchons bleus et jaunes des bouteilles de jus de canne à sucre du marché de Papeete. L’odeur forte des bonbons cocos, fraîchement préparés, embaumait à présent le salon.

Elle s’approcha rapidement de moi et me serra dans ses bras, me berçant de droite à gauche.

– Aue, ma copine ie ! Pardon, avec le travail, j’ai pas beaucoup de temps pour venir te voir, me dit-elle toute intimidée.

– Ma copine, tu sens bon le bonbon coco ! Laisse-moi te débarrasser de tes affaires, lui dis-je.

Elle me tendit son panier. Andy en profita pour me prendre le panier des mains et faire la bise à mon amie. Quel gentleman !

– Bonjour… Angelo ? dit Tevahine en direction de mon cousin.

Angelo était complètement tétanisé sur place, comme envouté. Andy se racla bruyamment la gorge et fit mine de bousculer son frère. Ce dernier sembla reprendre subitement ses esprits et cligna plusieurs fois des yeux avant de bégayer :

– Ia… Ia…Ia ora na Tevahine !

On pouvait voir le rose monter aux joues de mon cousin ! Et pourtant, ce n’était pas une couleur qu’on pouvait normalement voir sur sa peau. Les heures de répétition du heiva au soleil avaient bronzé sa peau d’une teinte plus sombre que celle rencontrée habituellement. Alors y voir du rose ! C’est dire à quel point mon amie le faisait rougir !

-Ia ora na… ça va ? lui répondit-elle.

Tevahine baissait à présent la tête et semblait le regarder par en dessous. Elle plaça nerveusement une mèche de cheveux derrière son oreille.

Andy ne put s’empêcher de me faire des haussements de sourcils amusés. Je dus me mordre les lèvres pour être sûre de ne pas laisser échapper un rire et mettre fin à la scène qui se jouait sous nos yeux.

Angelo attrapa d’un geste brusque le panier pae’ore de mon amie et sembla reprendre de sa contenance. Il redressa ses épaules et fit un geste de la tête en direction de la grande terrasse :

– Ahem, suis-moi, Tiakoung et papa sont par là… Fais attention où tu mets les pieds, y a tous les trucs pour le Kasan qui traînent un peu partout.

Tevahine s’était contentée de lui sourire timidement avant de le suivre.

 

C’est à ce moment que Tiapo choisit de réapparaître. Elle s’aperçut du manège de nos deux tourtereaux et je fus surprise de la voir froncer les sourcils.

Étrange.

Tevahine, s’apercevant de la présence de notre grand-mère, s’avança pour lui faire la bise. Tiapo posa les mains sur les bras de notre jolie vahine et fit mine de lui masser les épaules. Ma grand-mère planta son regard dans celui de mon amie et tourna la tête vers Angelo avant de soupirer.

– Moi, quand je regarde…peut-être encore dix ans à vivre… Mais avec vous les jeunes, à côté de moi, cinq ans paha ia !

Nous fûmes tous surpris par la remarque de Tiapo. Ma grand-mère s’était toujours fait un devoir de caser ses petits-enfants. Honorabilité de la famille, parents connus, participation à la vie religieuse, éducation, politesse et respect des autres.  Tevahine était sans nul doute possible, une « chérie » parfaite pour mon cousin. Angelo et Andy étaient connus pour être des coureurs de jupon, mais je savais que Tevahine serait la seule capable de mettre fin à sa fougue. D’ailleurs, c’était la première fois que je voyais Angelo se comporter ainsi avec la gent féminine.  Je ne pus m’empêcher d’intervenir :

– Pourquoi tu dis ça Tiapo ?

Elle prit une profonde inspiration et lâcha Tevahine. Elle marcha d’un pas hésitant vers Angelo et lui posa la main sur l’épaule. On put entendre dans sa voix un mélange d’urgence et de tristesse.

Je donnais un coup de coude dans les côtes de mon cousin qui fit mine de gémir sous la douleur :

– Toi, tu peux choisir toutes les filles sur Tahiti. Mais pas toi aller avec Tevahine.

Elle nous fit signe de la suivre avant de nous dire d’une voix résignée :

– Haere mai, on va parler maintenant.

1Pae’ore : feuilles de pandanus séchées utilisées pour le tressage des chapeaux et des paniers.

PLUS D'INFORMATIONS

   Maima Chahaut

   Rédactrice web

   ©Photos : Freepik, Femmes de Polynésie

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