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Évasion

Ina Hina – Chapitre 10 (1ère partie)

Publié le 28 août 2020

Dans la rubrique “Plume du fenua”, Femmes de Polynésie vous invite aujourd’hui à découvrir un nouveau chapitre des aventures de Ina Hina, cette jeune Polynésienne à la découverte de son identité.

Les réseaux (1ère partie)

Teiki avait toujours été, dans ma mémoire, la représentation parfaite du aito1 :  grand, puissant, viril et excessivement machiste. C’est d’ailleurs pour cette dernière « qualité » que nous n’étions pas restés ensemble. Tout devait être forcément ramené à lui. Rien n’avait plus d’importance que lui et il ne supportait absolument pas qu’une femme puisse venir mettre en doute ses paroles.

 

Lorsque je lui avais annoncé mon départ pour la métropole, sa première réaction avait été de me lancer un ultimatum : lui ou la France. Ce qui aurait pu sembler pour certains comme une tentative désespérée de me garder à ses côtés  m’étais apparue comme une opportunité formidable de me libérer de son contrôle permanent et de ses crises de jalousie répétitives.

Je me tournai lentement, curieuse de revoir cette personne qui avait eu tant d’importance dans ma vie. Ce que je vis me cloua littéralement sur place. Mes yeux s’écarquillèrent et je ne pus empêcher de garder ma bouche ouverte par la surprise.

Devant mes yeux se tenait Teiki… fleur d’hibiscus à l’oreille, longue chevelure peroxydée ondulée jusqu’à la taille, un paréo rouge attaché autour de la poitrine.

Nous nous contemplâmes tous les deux pendant ce qui me sembla une éternité.

Du coin de l’œil, je vis mes deux cousins hilares devant le spectacle que nous leur offrions.

Mamie Tiare interrompit ma semi transe par un raclement de gorge :

«  Aue Hina e…c’est pour ça faut pas tu crois tu peux retourner avec mon motua2. Y en n’a plus de Teiki maintenant… »

Elle me prit le bras et m’entraîna en direction de Teiki.

Au loin, j’entendis le Klaxon de la 4×4 de mes cousins. Je tournai la tête dans leur direction et je les vis me faire nana3 de loin. Angelo me fit un signe en tapant son index contre son poignet et articula du bout des lèvres « dans une heure » avant de partir. Je commençais à bouillir car je crus entendre leurs rires moqueurs au fur et à mesure que la voiture s’éloignait. Les lâches, ils me laissaient seule.

Plus nous nous rapprochions de lui et plus je sentais son malaise dans sa gestuelle. Teiki se tenait le bras gauche à l’aide de sa main droite. Il semblait basculer d’un pied à l’autre, ne sachant plus comment trouver appui sur le sol.

– « Ia ora na Hina… » –  avait-il prononcé timidement d’une voix de fausset que je ne lui connaissais pas.

« Ia ora na … » – j’hésitais à présent à l’appeler par son prénom.

Teiki sentit mon hésitation et compléta ma phrase :

 

– « Taina… C’est comme ça qu’on m’appelle maintenant… »

– « Parce que t’es une fleur ? » – N’avais-je pu m’empêcher de le couper sèchement.

Teiki…ou Taina avait sursauté à mes mots. Timidement, elle avait hoché la tête en signe d’acquiescement.

Mamie Tiare avait senti la tension qui s’installait progressivement entre sa motua et moi.

– « Bon, bébés ma, je vais vous laisser discuter entre vous… Je pense pas une vieille comme moi doit rester écouter ce que les jeunes ont à raconter… et puis y a mon feuilleton qui va commencer bientôt.»

– « Merci Mamie…» – avait répondu avec gratitude Taina à sa grand-mère.

– « Mamie, je viendrai te dire nana quand on aura fini de parler. » – m’empressais-je de dire à Tiare qui me fit oui d’un signe de tête.

– « Je sais Hina, t’es une gentille fille alors ne sois pas trop méchante avec ma motua… elle est un peu teoteo4 mais toi et moi on connaît la vérité.» – dit-elle en entrant dans la maison.

– « Ne t’inquiète pas Mamie, je sais déjà quoi dire à ta motua. »

1 Guerrier polynésien.

2 Petit-fils

3 Au revoir

4 Hautaine.

PLUS D'INFORMATIONS

   Maima Chahaut

   Rédactrice web

   ©Photos : Freepik, Femmes de Polynésie

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