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Meria, une plume au service des autres

Publié le 11 janvier 2020

Un des métiers les plus vieux au monde, l’écrivain public pratique l’écriture pour le compte d’autrui – une tâche confiée à son origine aux mains des pouvoirs politiques et religieux,  seuls lettrés. Récits de vie, documents administratifs, commerciaux ou techniques, aujourd’hui le métier a évolué avec internet et s’étend même à la rédaction de contenus pour les sites web. A Tahiti, Meria Orbeck en a fait son job. Il y a tout juste six mois, cette enseignante a troqué les bancs d’école contre tranches de vie et témoignages. Femmes de Polynésie a rencontré une professionnelle qui a mis sa plume au service des autres.

 

La Nouvelle-Calédonie jusqu’aux événements de 1984

Meria a toujours su qu’elle enseignerait. Une certitude viscérale qu’elle a acquise très tôt… à Thio. Calédonienne d’adoption, elle vivra sur la côte Est de la Grande Terre jusqu’à ses 13 ans. Les événements de 1984 déclencheront l’expatriation de sa famille – un départ in extrémis organisé depuis Tahiti par ses grands-parents maternels. Le centre minier de Thio laisse alors la place à Vairao – une nouvelle vie pour Meria, entourée de ses grands-parents et d’une multitude de cousins.

“Ma grand-mère, Repeta Amaru Maitere, était le moteur de ma famille.”

Son rêve d’enseigner ne la quitte pas. Malgré quelques doutes et un détour par un BAC Gestion Comptabilité, elle finit par prendre le chemin de l’éducation en tant que remplaçante pendant un an.

“Puis je passe le concours d’entrée à l’école Normale, et c’est le début de ma carrière.”

27 ans à enseigner

Le sésame en poche en 1993, elle exercera principalement sur la côte Est de l’île avant de passer Directrice de CJA (1) à Pirae et Arue. Une période difficile mais très enrichissante humainement.

“Il s’agit d’enfants ayant eu un parcours scolaire compliqué, qui ont été jetés là et qui ont perdu confiance en eux et en leurs valeurs. Ce que j’ai appris avec eux, c’est de ne pas lâcher.”

Au bout de 27 années, Meria quitte l’enseignement pour s’essayer à l’entrepreneuriat. Une année test qui se clôturera par un échec et un retour à ce qu’elle sait faire : instruire.

“Je me retrouve donc en classe à Tiarei, pendant 2 ans.”

Mais Meria ne vibre plus, et sa mutation à Papeete en 2017 provoquera son burn-out.

Burn-out, doutes et questionnements

En 2018, Meria fait le bilan de ses compétences.

“Je sais enseigner, mais je ne veux plus enseigner. J’aime l’écriture, alors je vais sur Internet, et là je tombe sur écrivain public et je me dis : Ça existe encore, ce truc ?” (rires)

Elle visite plusieurs sites et se rend compte que l’activité s’est largement démocratisée en Métropole. Elle fait des recherches sur Tahiti, et à l’exception d’une page Facebook vierge, elle ne trouve rien en termes d’activité.  

“Peut-être que ce n’est pas un métier fait pour ici ?  Ce n’est pas grave, je vais le faire quand même !”

Elle s’inscrit à une formation d’écrivain public, mais lance sa boite avant de la terminer. Entre temps, elle suit différents séminaires de développement personnel auprès de Richard Tuheiava et s’inscrit à la Business Maker Academy de Steeve Hamblin (2). En octobre 2018, elle ouvre « Ecrivain Public Tahiti ».

“C’est à ce moment que j’ai quitté mentalement l’enseignement.”

Écrivain Public Tahiti

Après une demande de disponibilité en juin 2019, Meria crée son site et une page Facebook, enfile son nouveau bleu de travail et part en quête d’histoires. Son premier client important est le Hiro’a (3), puis suivront des administrations, des personnalités à qui elle prêtera sa plume pour des récits autobiographiques, ou encore, pour pousser plus loin les limites de son art, des doctorants pour la correction de leurs travaux de thèse.

Meria ne s’attendait pas à faire elle-même l’objet d’un article et n’est pas habituée à cette inversion des rôles, mais si son histoire peut en inspirer d’autres, alors soit !  Car la parole libère et la plume fixe.

“Être la plume des autres, c’est ce que je veux être. Je ne sais pas si j’ai trouvé ma voie, mais pour l’instant j’y suis bien et reste ouverte à ce que me propose la vie.”
  1. Centre de Jeunes Adolescents
  2. Steeve Hamblin, passionnément Polynésie
  3. Le journal d’informations des établissements culturels du fenua

 Jeanne Phanariotis

 Rédactrice Web

 ©Photos : Alexis Lagarde pour Femmes de Polynésie

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