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Évasion

INA-HINA – CHAPITRE 6

Publié le 28 décembre 2019

Dans la rubrique “Plume du fenua”, Femmes de Polynésie vous invite aujourd’hui à découvrir un nouveau chapitre des aventures de Ina Hina, cette jeune Polynésienne à la découverte de son identité.

Chapitre 6 : hésitation

« QUOI !? » Je me redressai subitement, profondément choquée par sa demande.

« J’ai besoin de savoir Hina… J’ai cinquante ans et je ne sais toujours pas d’où je viens ! J’aime Tiakoung et Tiapo comme mes vrais parents, mais la vérité c’est que je voudrai quand même savoir… »

Je le contemplai un instant. Une partie de moi se sentait trahie et l’autre comprenait son questionnement. J’avais l’impression qu’il se sentait étranger à nous, et en même temps je me demandais ce que cela avait dû lui faire de vivre toutes ces années en ayant toujours ce vide dans sa vie.

Il reprit : « J’ai besoin de savoir… Je sais pas qui je suis vraiment. Le soir je fais des cauchemars… Je me demande des fois si un de mes fils ne va pas rester avec une cousine à lui. »

Je levai un sourcil dans sa direction. Ce n’était pas le genre d’inquiétude à laquelle je m’attendais, mais après réflexion, je me rendis compte de la gravité de la situation. La possibilité d’une union incestueuse n’était pas à écarter.

Mes cousins étaient des coureurs de jupons connus de tout Tahiti. Ils étaient aussi beaux que peu enclins à s’investir dans une relation sérieuse. Je ne sais moi-même combien de fois j’avais dû transmettre les lettres d’amour de jeunes filles éperdues, ni le nombre incalculable de fois où je les avais croisées en larmes. Je m’étais toujours demandée à quoi pourraient bien ressembler les personnes avec qui ils resteront plus tard.

Il continua : «  Tu t’imagines ce qui pourrait arriver si mes garçons ils sont amoureux tout à fait ? Comment ia ? Si on sait depuis le départ, y en n’a pas alors les problèmes tchhh. »

Je le coupai : « Tiapo ne laissera pas faire de toute façon. »

Il secoua la tête de gauche à droite : « C’est ça le problème bébé, y a que Tiapo qui connaît la vérité et je… j’ai pas envie de lui demander… »

Je vins m’assoir en tailleur à ses côtés : « Attends… t’es en train de me dire que tu as toujours voulu savoir et que le seul obstacle que tu as rencontré c’est… »

Il soupira : « Oui, jamais osé… flip roa moi… »

Je ne pourrai jamais comprendre la crainte qui peut habiter un enfant fa’amu. La solution à son problème me semblait pourtant d’une simplicité enfantine.

Mon oncle avait le droit de savoir. Je devrais facilement pouvoir réussir à connaître le nom de sa mère.

Il dit : « J’ai pas toujours voulu savoir, tu sais, mais c’est quand j’ai eu mes enfants que j’ai commencé à me poser des questions. Et tu sais hoa que moi j’aime pas me tracasser la tête hein ? On dirait chaque fois je veux demander à Tiapo, je fais quelque chose de pas bien. Après ça bat fort tout à fait mon cœur ! »

« Ok. » répondis-Je.

Ses yeux s’illuminèrent subitement : « Ok ? »

« Ok mais laisse-moi le temps de préparer le terrain… Je pense que le mieux sera de le faire après le kasan. »

Pour mes grands-parents, le kasan, le rituel des morts dans la communauté Hakka était de la plus haute importance. Tiapo était toujours dans un état de stress deux semaines avant pour s’assurer que tout soit parfait et bien en place. Lui et moi savions pertinemment qu’il serait impossible d’aborder un autre sujet pendant cette période.

Il garda une minute de silence et un sourire ne quitta plus le coin de ses lèvres.

La porte s’ouvrit brusquement laissant apparaître Tiapo dans l’encadrement de la porte.

« Aue ! » Tihoti sursauta et avait dû plaquer ses deux mains derrière lui pour ne pas tomber à la renverse.

Je ne pus m’empêcher de pouffer de rire.

Tiapo plissa les yeux : « Quoi vous deux faire ici ? »

Tihoti tapota dramatiquement sa poitrine : «  Aue mama, pas toi entrer comme ça ! Regarde un peu Hina elle a eu peur tout à fait ! »

J’émis un soupir désapprobateur.

Je jetai un regard furtif à ma grand-mère.

Je commençais à me questionner. Pourquoi garder le secret de la naissance de mon oncle ? J’essayais de me remémorer toutes les fois où le sujet de son adoption avait été évoqué, mais un mutisme lourd avait toujours été la seule réponse à laquelle tonton Tihoti avait eu droit.

Je ne serai là que pour un mois.

Aurais-je le temps de trouver la solution au mystère de sa naissance ?

Je me redressai et raclai ma gorge comme pour me donner du courage.

Pourquoi perdre du temps alors que la personne qui connaît le nom de la mère de Tihoti se trouve devant moi ?

Je commençai : « Tiapo, tonton Tihoti et moi étions en train de parler de… »

Tihoti secoua les mains vers le ciel. Il venait de comprendre ce que j’allais faire et me coupa brutalement : « Hina et moi on parlait de son ex Teiki ! »

J’écarquillai les yeux en le regardant avec horreur : « Hein ? »

Tiapo eut un sourire où l’on pouvait lire un bonheur incommensurable : «  Aaaaaah oui Teiki… Il était beau lui tout à fait ! N’a pas chéri à toi en France hein Hina ? »

Elle venait de prendre sa voix d’entremetteuse et je savais que le reste de la conversation n’allait pas me plaire.

Je lui répondis sèchement : « Non, je n’ai pas de chéri en France… mais avec Teiki c’est fini ! Avec tonton on parlait de… »

Mon oncle m’interrompit : « Je lui disais que l’autre jour, ses cousins ont vu Teiki et lui ont dit que Hina allait revenir. Teiki il est content tout à fait et il veut revoir à Hina quand elle aura le temps ! »

Tiapo et moi nous exclamâmes en même temps. Elle d’excitation et moi d’horreur : « Quoi !? »

Tonton Tihoti reprit : « Oui et ses cousins ont dit à Teiki qu’ils allaient l’emmener demain. »

Maima Chahaut

Rédactrice web

©Photos : Femmes de Polynésie

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